Site officiel de Toumani Diabaté avec actualités, calendrier des concerts, discographie, infos culturelles, galerie photo. Toumani Diabaté joue de la kora, une harpe unique dans l’Ouest de l’Afrique. Plus que n’importe quel joueur de kora, Toumani est celui qui a fait connaître cet instrument au public dans le monde entier. Il est non seulement un musicien d’une virtuosité et d’une créativité exceptionnelle, montrant que la kora peut rivaliser avec les plus grands instruments du monde, mais il joue aussi un rôle capital comme leader de groupe, défenseur de la musique, compositeur et maître de kora chez lui à Bamako, capitale du Mali où il est né et où il réside. Sa musique a une force d’expression et une beauté qui élèvent les puissantes traditions des griots mandingues vers de nouveaux sommets et les emmènent sur d’autres territoires. Il est à la tête d’une nouvelle génération de griots maliens qui sont à la recherche constante de différentes façons de moderniser cette tradition, tout en continuant de l’honorer. Il n’y a pas de doute sur le fait que sa musique reflète une image profondément positive de l’Afrique et crée un impact sur le marché mondial. La musique est, en effet, la plus grande ressource du Mali et Toumani le démontre amplement. Son parcours Toumani Diabaté est né en août 1965 à Bamako au Mali, dans une famille de griots exceptionnels ; il est issu de la 71ème génération de joueurs de kora de sa famille. Le plus connu était son père, Sidiki Diabaté né en Gambie, joueur de kora d’une notoriété légendaire dans l’Ouest de l’Afrique (1922-1996). Enfant prodige, Toumani commence à jouer de la kora à l’âge de cinq ans ; on lui demande souvent de jouer à l’école. A cette époque, le Mali est engagé dans un programme actif destiné à encourager les ensembles régionaux à représenter le folklore local. Toumani est recruté par l’ensemble de Koulikoro (environ 60 kilomètres à l’est de Bamako) avec lequel il fait sa première apparition publique à l’âge de treize ans sous l’acclamation locale. A dix-neuf ans, Toumani rejoint les brillants jeunes musiciens qui accompagnent la grande diva, Kandia Kouyate, la chanteuse griotte la plus célèbre et la plus puissante du Mali, avec laquelle il tourne dans toute l’Afrique. Depuis cette première tournée à l’extérieur du Mali, Toumani a fait le tour du monde plusieurs fois, faisant plus de 2000 concerts et participant à plus de 170 festivals. Toumani se mobilise pour aider à la préservation de l’héritage de la musique de la kora traditionnelle au Mali et pour éduquer les générations futures à conserver leur riche patrimoine musical, tout en les encourageant à explorer aussi les possibilités créatives dans la musique. Il est Président-Directeur de Mandinka Kora Productions qui développe la promotion de la kora à travers des ateliers, des festivals et divers évènements culturels. Toumani est aussi professeur de kora, de musique moderne et traditionnelle au conservatoire Bella Fasseke des Arts, de la Culture et du Multimédia qui s’est ouvert à la fin de l’année 2004. Ses titres Depuis ces dernières années Toumani jouit d’une vraie reconnaissance pour sa contribution au développement de la kora et apparaît comme une figure clé de la musique africaine. 2003 Tamani d’or récompense du meilleur joueur de kora dans le monde 2004 Zyriab des Virtuoses un prix de l’Unesco remit au festival Mawazine organisé par le roi du Maroc Mohamed VI, Il est le premier africain noir à recevoir ce prix 2006 Grammy Award – catégorie musique du monde récompense pour l’album en duo avec Ali Farka Touré 2006 Chevalier de l’Ordre National du Mali décoré par le président de la république Amadou Toumani Touré. A vingt-et-un an, Toumani vient pour la première fois en Angleterre pour accompagner un autre chanteur malien, Ousmane Sacko et finit par rester à Londres sept mois. Pendant cette période, il enregistre son premier album solo « Kaira ». Cet album est révolutionnaire ; il est le premier album de kora joué en solo jamais réalisé, enregistré sans effort, en une seule prise et en un seul après-midi. Ce disque reste l’un des albums de kora les plus connus encore actuellement. Sa première collaboration importante, avec le groupe flamenco Ketama, est une coïncidence. Toumani est invité à jouer pour une fête à Londres en 1988 ; Ketama, signé sur le même label, est là aussi. Instantanément, ils entament le palmas (ce rythme flamenco avec les mains) sur sa musique - à la stupéfaction de Toumani, surprit devant leur compréhension de la complexité rythmique de sa musique. Le jour suivant, ils se retrouvent tous chez la journaliste et présentatrice Lucy Duran et en moins de quelques minutes, se mettent à jouer ensemble la musique la plus magnifique qui soit, comme s’ils avaient toujours écouté les traditions des uns et des autres. Le résultat est « Songhai 1 », incluant des morceaux tels que Jarabi, une synthèse parfaite de la kora et du flamenco. Cet esprit de collaboration continue en 1992 pour le projet de Toumani avec le Symmetric Orchestra « Shake The Whole World », qui sort uniquement au Japon et au Mali, et confirme sa réputation de non-conformiste. A ce niveau, même le puriste ne peut réfuter son talent ; pour Toumani l’expérimentation est simplement une partie du travail du griot moderne « le rôle du griot est d’établir la communication entre les gens, pas uniquement une communication historique. Au Mali je peux travailler de manière traditionnelle, ailleurs je peux travailler de manière différente. » Au début des années 1990, de retour à Bamako, Toumani commence à réunir autour de lui un nombre de jeunes musiciens de talent exceptionnel tel que le brillant Ba Sekou Kouyate au ngoni, et cultive un certain son et une certaine approche de sa musique griotte, avec un d’ensemble instrumental griot de jazz-jugalbandi, qui peut être entendu sur son album « Djelika » (comme dans le morceau Kandjoura). C’est une période pendant laquelle les synthétiseurs, les guitares électriques et les boîtes à rythmes font fureur au Mali, mais Toumani reste résolument attaché à un son totalement acoustique, trouvant d’autres moyens de moderniser la tradition. De plus, dans la même année, Toumani enregistre à Madrid « Songhai 2 » qu’il considère bien meilleur que le premier album. Toumani est un membre actif et dynamique de la communauté musicale malienne, respecté de tous. Il a participé à de nombreux autres projets, par exemple le 1er album - album éponyme - d’Ali Farka Toure pour World Circuit, l’album primé de Salif Keita « Papa », et l’album « Kassi Kasse » de Kasse Mady Diabate. A travers ces dix dernières années il s’est acquis un public au Mali et à l’étranger. À New York en 1996 l’esprit pionnier de Toumani s’exprime, quand, en compagnie d’écrivains, d’artistes, et d’universitaires africains, il réalise le tout premier CD rom sur l’art africain intitulé « The inroad of Africa ». (l’incursion de l’afrique). Chez lui, il est l’un des musiciens les plus influents, montrant la voie à la nouvelle génération. En 1998 Toumani enregistre un album de kora en duo avec Ballake Sissoko ; leurs pères avaient sorti l’album de cordes anciennes « Ancient Strings ». Cet album est alors intitulé « New Ancient Strings », et constitue leur hommage à l’album original, ainsi qu’une tentative de transmission d’un tel matériau à un public moderne. C’est l’esprit qu’il a apporté au projet « Kulanjan », une merveilleuse collaboration, profonde, et inspiratrice, avec le bluesman Taj Mahal qu’il surnomme Daddy Kouyate. Taj, Toumani et six autres musiciens maliens incluant les chanteurs Kasse Mady et Ramata Diakite, explorent le fondement commun entre le blues et les grandes traditions de l’ouest malien. Les connections entre le blues et la musique ouest africaine sont bien connues. Taj Mahal a écouté et joué avec beaucoup de grands joueurs de kora, et ce qui le frappe, parce que possédant une troublante ressemblance avec le blues, sont les techniques pincées de la kora et d’autres instruments maliens à cordes. Un morceau de musique en particulier frappe son esprit : Kulanjan, une ancienne chanson que Taj a d’abord entendu sur l’album des Cordes Anciennes. « Kulanjan rassemblait tout de cette musique ; ce son était le son de la musique malienne » dit Taj. Je n’y connaissais pas grand-chose mais je savais que si je pouvais vraiment travailler sur le son Kulanjan, je trouverais ce que je cherchais ». « Ils disent que le blues et le jazz viennent d’Afrique » dit Toumani. « La kora et le ngoni sont très vieux, vieux de quelques siècles. Alors peut être que le blues a été joué sur l’un de ces instruments. Faire un album avec Taj est comme réunir l’ancien et le nouveau. » 2001 voit l’apparation de «Jarabi Best Of», première compilation d’un joueur de kora jamais sortie au plan international, témoin de son statut de premier koriste du monde. Cherchant constamment à évoluer et innover, l’album suivant, « Malicool », avec le tromboniste de free-jazz Roswell Rudd, le propulse encore plus loin. Les arrangements sur cet album sont rares, laissant à chacun la place d’improviser, et l’on y trouve quelques morceaux inattendus tels qu’une interprétation de « Hank » de Thelonious Monk, une version swing d’une chanson folklorique galloise et une hallucinante version de l’Ode à la Joie de Beethoven. Toumani a commencé à travailler avec World Circuit en 2004 où l’enregistrement a débuté au Mali. La première parution est intitulée « In the Heart of the Moon » ; un album duo de Toumani avec le grand Ali Farka Toure. L’album de Toumani avec le Symmetric Orchestra. En plus de cette activité foisonnante, Toumani a aussi commencé à travailler sur un album solo et un autre en duo avec la chanteuse Björk ; chacun de ces albums est unique et souligne sa diversité en tant que musicien. C’est en effet tout l’art de Toumani : rassembler l’ancien et le nouveau dans une musique d’une beauté intemporelle, le meilleur de ce que possède l’Afrique. Tiramagan Traoré, un général de Soundjata Keïta, fondateur de l’empire mandingue à la fin du XIIè siècle, partit vers les hauteurs de Kabou avec son griot Djelimadou Woulen Diabate et deux chasseurs. Au cours de cette expédition, Tiramagan repéra devant une grotte une Djin, une femme-génie qui connaît comme quiconque les montagnes. Lorsque celle-ci aperçut l’expédition, elle prit peur et se réfugia dans la grotte. De retour à la maison, Tiramagan raconta cette aventure à Waligelenjan, un descendant de Kamisoko. Tous décidèrent de repartir le lendemain matin avec un filet de pêche dans l’idée de capturer cette fameuse Djin. Lorsqu’ils arrivèrent sur les lieux, la femme-esprit était assise devant la grotte. Aussitôt, les chasseurs lancèrent sur elle le filet pour la capturer. La femme-génie s’est à nouveau réfugiée dans la grotte et en est ressortie dans le filet accompagnée d’une kora. Tiramagan épousa cette femme très belle et remit la kora a son griot car lui, en tant que noble ne peut en jouer. Djelimadou Woulen annonça alors : « hé mon noble, ça c’est un instrument à nous, peuple du mandingue ». C’est de cette histoire que la kora, instrument cordophone de vingt-deux cordes aux sonorités de cristal, tire son genre féminin. La première personne en ayant joué fut donc ce griot. Quand il est décédé, en son honneur, on a retiré une corde et c’est depuis cette époque que la kora en compte vingt-et-une avec un anneaux de cuir libre. Depuis Djélimadou Woulen Diabaté, la kora est transmise de père en fils. Sidiki Diabate en est l’héritier de la 70ème génération et Toumani, son fils, de la 71ème génération. « Toutes les koras proviennent de la même maison ; elles ne quittent pas la famille Diabate ». Le grand maître joueur de kora Sidiki Diabaté, décédé en 1996 en Gambie, père de Toumani, a donné un ultime concert au Centre Culturel Français de Dakar. Il a commencé par interpréter Kelefa, et c’est au cours de cette pièce qu’il livra au public, tel un testament, les origines de la kora et de sa famille : « Si je commence par jouer Kelefa, c’est parce que c’est une obligation chez nous les korafolas. Quand on joue Kelefa, sur la kora, c’est qu’on sait ce qu’est la kora. C’est moi Sidiki Diabate qui salue tous les griots d’ici et d’ailleurs. La kora vient directement de Kansala Berokolon du Gabu jusqu’à moi. Waali Jemejan Kamasoxo et Tiramagan Traore ont été des inspirateurs qui ont permis aux femmes génies du Gabu de donner la kora à Djeli Madi Wulin et à Fili Makan Diabate. Ce dernier était le mari de Mba Madi qui a donné naissance à Madu Sarra, Madu Sarra a épousé Taxina qui a donné naissance à Taxina Bukari qui est le père de Djeli Bula qui était le mari de Norama ; ce dernier était le père de Noraba Mamadu, qui est le père de Djeli Amadou qui a donné naissance à Djeli Fili père de Djeli Bala qui lui est mon père, moi Sidiki Diabate, et je suis né à Bansan en Gambie. Je demande à tous les griots d’ici et d’ailleurs de bien vouloir me pardonner et que Dieu nous pardonne tous ». La kora se joue dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest comme le Mali, le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau, la Guinée Conakry, la Sierra Léone, mais cette harpe-luth de vingt et une cordes, bénéficie d’un statut particulier au Mali. Elle ne s’entend pas obligatoirement sur les marchés et dans les taxis mais elle est de tous les baptêmes et mariages. La kora représente l’identité même de la culture mandingue. C’est pourquoi on lui adresse tant d’honneur. Le président de la République Amadou Toumani Touré offre systématiquement aux invités du palais présidentiel une kora et fait appel à Toumani Diabaté pour leur remettre ; on retrouve des instruments comme le n’goni ou le balafon sous différents noms dans d’autres endroits du monde, mais la kora, elle, n’est nulle part ailleurs que dans les pays mandingues. Naguère apanage des griots mandingues, caste de musiciens et chanteur, cette harpe luth tend à s’adapter aujourd’hui à tous les styles. La kora essaie de sortir de son carcan traditionnel. On la retrouve de plus en plus souvent dans des musiques modernes tels le jazz, la salsa, le funk et bien d’autres. Elle se fond désormais dans tous les paysages. Nombreux sont les musiciens qui, tout en étant profondément imprégnés par la tradition et respectueux de ses enseignements, veulent ouvrir l’horizon de la kora. Toumani Diabate, en chef de file collabore fréquemment avec d’autres musiciens aux univers musicaux différents tels Ali Farka Touré, mais aussi le bluesman new-yorkais Taj Mahal, le joueur de koto japonais Brian Yamakoshi, l’ensemble flamenco Ketama, les rappeurs maliens les Escrocs ou encore la chanteuse islandaise Björk en constante recherche de renouveau. Certains musiciens rajouteront des cordes, pour plier l’instrument aux désirs de leur esprit aventureux. La kora du guinéen Djeli Moussa Diawara de Kora Jazz Trio possède trente-deux cordes pour augmenter le nombre notes possibles à l’instrument. « J’ai pu ainsi jouer des notes qui manquaient » explique-t-il. Des koristes tels que Ba Cissoko et son cousin Sékou Kouyaté, ou le sénégalais Ali Boulo Santo, ont branché une pédale wah-wah sur l’instrument. Toumani y ajoute de la reverb. Soriba Kouyaté explique « Moi, aujourd’hui, je préfère jouer d’une kora de Keur Moussa (kora à clés), car c’est l’instrument qu’il me faut. Il est plus facile à accorder ; même en jouant d’une main, je peux corriger et ajuster l’accord d’une corde. Même si je suis fils de griot, moi je me considère comme un artiste qui veut vivre avec son temps. Après avoir maîtrisé le répertoire classique et populaire mandingue, j’ai décidé pour mieux exploiter les possibilités de la koa, d’abandonner le chant pour me concentrer entièrement à la pratique intrumentale. Je me suis mis à écouter les grands jazzmen américains pour cultiver mon oreille à d’autres musique, à la musique du monde. Nous, les jeunes korafolas d’aujourd’hui devons apporter quelque chose à l’héritage que nos ancêtres nous ont légué ». Tous, avec un immense respect de leurs traditions estiment que la kora est un instrument essentiel de communication avec les autres cultures. Dans le système de musique occidental, tous les instruments, quel que soit leur registre, sont accordés à partir de la note La. Elle est considérée comme la note de référence. Dans les systèmes musicaux relevant de traditions orales, par contre, le seul et unique référent sonore reste la voix humaine. Parfois celle de l’instrumentiste-chanteur, ou alors celle du chanteur que l’instrumentiste doit accompagner. C’est de ce deuxième procédé que relève l’accordage de la kora. Le système d’accordage de la kora est équiheptaphonique, c’est-à-dire que les 7 intervalles qui le composent sont tous égaux. Il en existe trois utilisés selon les régions : Le Silaba, le Sawta et le Tomora. « Mon idée du Symmetric Orchestra remonte à 1982. Je l’ai toujours eue en tête. L’un des principes de base du Symmetric Orchestra est la rencontre des générations. L’ancienne génération bénéficiait de son expérience de la musique et la nouvelle génération de sa passion effrénée pour la musique. Le Symmetric Orchestra est un mélange des deux composantes. Il emploie les anciens rythmes et leur donne des arrangements totalement originaux, puis il prend de nouvelles chansons et leur donne d’anciens arrangements traditionnels, de sorte que tout se mélange et se mêle de manière innovatrice ». Le musicien japonais Yu Imaï a envoyé spontanément à Toumani un enregistrement de sa version jouée au piano du morceau traditionnel Kaira. Enthousiaste du résultat Toumani souhaite à tout prix le rencontrer lors d’une tournée à Bruxelles. Le désir d’un enregistrement complet apparaît fatalement avec l’idée insolite pour un griot de poser des instruments modernes sur de vieux morceaux du répertoire traditionnel. L’album compte presque dix ans à voir le jour et il est enfin enregistré à Abidjan avec les musiciens choisis par Toumani. Sony Music emmène le produit aux Etats-Unis pour y intégrer les sessions d’un orchestre philharmonique puis d’un violoniste japonais et d’un percussionniste jamaïcain. L’album sort finalement en 1991 sous le nom de Toumani Diabate’s Symmetric Orchestra et porte le titre de « Shake the whole world ». Le Symmetric Orchestra joue sa musique dans certains clubs de Bamako et part pour quelques tournées organisées en Europe, aux Etats-Unis et en Australie. Cette formation l’origine de l’idée que Toumani souhaite développer : rassembler des musiciens ouest-africains mandingues et y produire une musique ouverte à d’autres horizons que celle de la tradition pure. De passage à Bamako, Nick Gold du label World Circuit assiste à une prestation du Symmetric Orchestra à l’espace Bouna ; il sera question dès le lendemain matin de la production d’un futur album qui sera enregistré façon « live » à Bamako pour restituer de la manière la plus fidèle ce que Nick Gold avait écouté ce soir-là et qui l’avait tant séduit. Le disque a été enregistré pendant l’été 2004 dans la salle de conférence de l’Hotel Mandé que World Circuit a réquisitionné pour l’enregistrement de trois albums à futurs succès : « Savane » (dernier album du défunt Ali Farka Touré enregistré en solo), « In the Heart of the Moon » (l’album Grammy Award 2006 de Toumani et Ali) et « Boulevard de l’Indépendance. Le Symmetric Ochestra est la reconstitution culturelle de l’Empire Mandingue. Le boulevard de l’Indépendance de Bamako est l’artère principale et le point de départ qui mène à tous les pays de cet ancien empire. L’idée est de réunir différentes vedettes de ces pays dans un projet musical où chacun puisse s’épanouir. C’est une rencontre de quinze stars de différentes générations qui sillonnent le monde en tournée, mais aussi la réunion de différents langages sur un même projet (bambara, wolof, malinké,…), c’est aussi l’apport d’instruments et de musiques issus des pays voisins comme par exemple les sabars et le m’balax sénégalais. Ces artistes viennent bien sûr de plusieurs régions du Mali mais aussi de Guinée, du Sénégal, du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire. « Je perçois le Symmetric Orchestra comme occupant une place entre l’Ensemble Instrumental National, l’orchestre national du Mali qui a été constitué afin de préserver notre musique traditionnelle, et les orchestres de danse de Guinée et du Mali, tels que le Rail Band et Bembeya Jazz qui ont été créés pour la moderniser. L’Ensemble utilise exclusivement des instruments traditionnels et les orchestres de danse transposent les sons de ces instruments sur des claviers, des guitares électriques et des cuivres. Personnellement, je pensais qu’il manquait quelque chose d’innovant. Avec le Symmetric Orchestra, je veux combiner des instruments tels que kora, ngoni, balafon, et percussions, avec des guitares électriques, des basses et la batterie et faire en sorte que même si nous nous ouvrons à d’autres cultures, nous conservions la nôtre. Notre musique transcende les frontières politiques modernes. Le Symmetric Orchestra constitue en quelque sorte une vision musicale du panafricanisme. La philosophie à la base du Symmetric Orchestra est inspirée de ma propre expérience de vie. Je veux réunir les recoins les plus éloignés de l’ancien Empire ». Avec cette formation Toumani souhaite pourtant garder l’authenticité de la musique traditionnelle. Toute la Amusique jouée est basée sur ce que joue habituellement la kora : la base, l’accompagnement et l’improvisation. Ainsi avec le Symmetric Orchestra, la base jouée est reprise par la guitare basse, la partie rythmique de la kora est reprise par les deux guitares, le clavier est ici pour charger les nappes et les pèches des cuivres, les improvisations sont partagées entre les instruments traditionnels comme le balafon, le n’goni et la kora. Le Symmetric Orchestra s’est acquis la réputation d’une « serre musicale ». Tous les musiciens qui passent à Bamako, qu’ils soient maliens ou non, se rendent tôt ou tard au Club Hogon un vendredi soir et se joignent à nous. Il arrive même que certains y restent et s’intègrent à l’orchestre. Ce fut le cas de Moussa Niang du Sénégal, ou de Mangala Camara, qui vivait à Paris. Maintenant ce sont tous deux des chanteurs réguliers de notre orchestre. C’est comme une session « jam » ou une répétition publique. En conséquence, notre musique se renouvelle tout le temps. Nous tirons plein d’idées et d’énergie de cette situation. Le Symmetric Orchestra reflète l’esprit de la nouvelle démocratie qui règne au Mali depuis 1992, un esprit d’égalité et de créativité. Aujourd’hui, il existe au Mali un public passionné de musique traditionnelle, la musique griot, mais pas du milieu griot. Avec le Symmetric Orchestra, ce public se sent libre d’apprécier cette musique sans avoir à se sacrifier aux obligations de la tradition, ce qui nous donne la possibilité de présenter la tradition sous un nouveau jour. Les vendredis soirs au Club Hogon sont captivants. Notre public est large et très diversifié : riches, pauvres, vieux, jeunes, éduqués, intellectuels, villageois, femmes, habitants du quartier et étrangers. C’est un endroit plaisant où les gens s’amusent mais également un lieu respectable où les hommes peuvent amener leurs épouses. Certains viennent nous écouter parce qu’ils raffolent d’une chanson particulière telle que Mali Sadio, ou Africa Challenge. Certains viennent parce qu’ils sont des passionnés de la kora, d’autres des percussions. Certains aiment simplement l’atmosphère qui est dégagée. « Le griot est un climatiseur : il réchauffe les maisons quand il fait froid et il refroidit les maisons quand il fait chaud » Sidiki Diabaté. Le griot est un médiateur Traditionnellement, le griot issu de la caste des griots, était le conseiller du roi. Entre le roi et ses alliés, entre les grandes familles aristocratiques, il assurait les fonctions d’ambassadeur, de négociateur, de médiateur et d’éducateur. Aujourd’hui, il est la référence morale de chacun et l’équilibre de la société. Le griot actuel est le vecteur de développement et d’épanouissement des pays de culture mandingue. Selon Sidiki Diabaté « L’Africain a peur du griot et c’est pour cela qu’il inspire le respect. Ce sont les griots qui unissent les mariés, qui organisent les baptêmes et quand l’enfant grandit, le même griot se met à son service. Ce qu’ils font pour les nobles est inestimable. C’est le griot qui combat tous conflits et désagréments dans la famille. Il veille à l’entente dans la société. Dans toute l’histoire de l’Afrique, un griot n’a jamais trahit son roi et n’a jamais été esclave ; c’est plutôt le contraire, ce sont des esclaves que l’on offre aux griots ». Ainsi en son temps Dietigui Ba Danté a été récompensé de cent dix villages parce qu’il a dit à son noble la parole que celui-ci voulait entendre. Kela Balla, chef des griots de Kela expliquait : « Nous nous sommes rendus en Guinée pour une médiation. Près de cinq mille personnes étaient en conflit, les armes étaient prêtes. Aucune autorité n’a pu dépasser notre décision en faveur de la paix. Le conflit a été enrayé et les armes ont pu être déposées ». Beaucoup de pays d’Afrique de l’Ouest restent stables et sans conflit aujourd’hui grâce au rôle et à la présence des griots. Ils ne cherchent pas le pouvoir. Ils oeuvrent à ce que le Mandingue fonctionne comme auparavant. Les ancêtres n’ont jamais écrit, ils ont dit des paroles remplies de sagesses et de noblesses. Les griots ont transmis ces paroles à travers le temps. Tout s’articule autour des griots : guerres et paix. Ils sont le phare du mandingue. Les instruments de musique comme la kora, le balafon, le tama ou encore le djembé aident le griot à exercer sa fonction de médiateur. Les messages sont mieux perçus au travers d’une chanson que d’un récit. La musique rend la communication plus facile. Dès son plus jeune âge, le griot musicien apprend les techniques de son instruments. Toumani, a appris la musique en écoutant James Brown, Otis Redding, Johnny Halliday ou encore le Rail Band. Plus tard, il apprend l’histoire à travers l’étude du répertoire mandingue. Le griot ne peut pas exister sans l’apprentissage des rythmes traditionnels qui constitue le répertoire de son instrument. Cette transmission effectuée de père en fils perpétue la tradition orale et contribue à faire évoluer la culture. La musique traverse le temps mais le sentiment musical s’adapte selon les époques. Selon Toumani encore, un griot peut tout à fait jouer dans des orchestres à genres musicaux différents. D’après lui, c’est alors la langue mandingue qui est jouée sur leur musique et pas le contraire. Le rôle du griot actuel est le vecteur de développement et d’épanouissement pour les pays de la culture mandingue. Habib Koïté, artiste qui n’est pas issu du système traditionnel comme le sont les griots, insiste sur le rôle que tient la tradition dans la société malienne, mais il signale que la tradition doit évoluer au même rythme que la société pour éviter son déclin, voire sa mort. Autrefois la mission du griot était d’être aux côtés de son Diatigui (ou noble). Aujourd’hui, il a en plus la lourde tâche d’être un médiateur, éducateur et moraliste de la population toute entière. Mais la population actuelle a du mal à faire la différence entre le griot de l’artiste. Trop d’artistes jouent aux griots. Les villes sont envahies par les « nouveaux griots », ceux qui chantent pour l’argent et qui ne déclament pas la vérité par manque de connaissance profonde des familles. DISCOGRAPHIE Album : Boulevard De L'independance Album : In The Heart Of The Moon Album : Malicool Album : Jarabi : Best of Toumani Diabate Album : Kulanjan Album : New Ancient Strings Album : Djelika Album : Songhaï Vol.2 Album : Songhaï Vol.1 Album : Kaira
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